Transatlantique en Bali Catamarans : journal de bord jour après jour – Partie 2

Après les premiers jours d’adaptation, la traversée prend une autre dimension. Le temps s’étire, les repères changent, la fatigue s’installe parfois, mais l’émerveillement reste intact. Dans cette seconde partie du journal de bord, l’équipage poursuit sa route vers les Antilles, entre nuits étoilées, derniers milles, terre en vue et émotion de l’arrivée. Une expérience profondément humaine, vécue en famille à bord d’un Bali Catamarans

photo de famille à bord du bali catamarans 54 pieds north star

J17 – 5 DECEMBRE : SACRÉ CHARLEMAGNE !

"L’Empire carolingien n’a été conquis que par la terre, et il n’a probablement jamais navigué sur la mer, mais ce sacré Charlemagne a tout de même son effet au milieu de l’Océan… et oui nos quatre enfants doivent faire l’école tous les jours!

C’est Michèle qui tient sa classe en faisant preuve d’un engagement et d’une patience à toute épreuve (en plus quand on sait que ses journées commencent entre 2h30 et 3h du matin!). Classe à quatre degrés scolaires, mais aussi avec d’autant de motifs de distraction…
La journée a d’ailleurs commencé de manière très particulière, puisque les enfants ont pu parler à leurs camarades en direct de leur école, un moment vraiment spécial pour eux, d’entendre leurs chers amis presque deux semaines après leur départ.

Pour ce qui est de notre route, vous aurez constaté sur la position du jour que nous avons enfin parcouru une distance plus grande que celle théorique qui nous reste à parcourir 🍾🥳!
Enfin, ce matin a été aussi l’occasion pour les plus grands de faire une manoeuvre un peu risquée, soit de monter à mi-hauteur du mat (qui culmine à 25m au-dessus de la mer) pour récupérer une drisse sectionnée par le ragage (usure par frottements). Sur la photo c’est bien moi en dessous du radar, hissé par Michèle qui a tout géré depuis le piano de North Star (l’endroit où reviennent tous les bouts). Quel soulagement une fois revenu sur le pont. Et vous, avez-vous aussi prévu de l’escalade aujourd’hui ?"

famille dans le carre du bali catamarans 54 pieds

J18 – 6 DECEMBRE : NOTRE POINT NEMO, NOTRE EVEREST…

"Albert a lu 20’000 lieues sous les mers en deux jours.
Alors comme nous avons parlé du Captaine Nemo, nous avons aussi parlé du point Nemo.
Le point Nemo ce n’est pas au milieu de l’Atlantique, c’est au milieu de l’Océan Pacifique, le point de plus éloigné de toute terre. Il est tellement éloigné de la côte que lorsque l’on s’y trouve, l’on est plus proche de la station spatiale internationale que de la côte…
Soit, à mi-chemin de la Transat’espoir, nous sommes au milieu de l’Océan Atlantique, mais si les grands marins professionnels franchissent leur « Everest des mers » en faisant le tour du monde, vous nous pardonnerez de considérer que nous sommes en train de gravir le nôtre en ce moment même et de tenir le point à équidistance entre Las Palmas et la Martinique comme notre point Nemo.
Quoi qu’il en soit, nous sommes heureux de partager cette aventure en famille! Le projet est bien nommé « Transat’espoir : une famille pour DFDL »…
Et puisqu’il s’agit de gravir des montagnes aujourd’hui, ne serait-il pas magnifique de faire un Everest de dons à la Fondation pour soutenir la recherche contre la leucémie et les autres maladies du sang?
C’est un rêve, mais les rêves peuvent se réaliser.
Pour l’heure, nous souhaitons à tous ceux qui vont participer à la Course de l’Escalade de ce week-end beaucoup de plaisir dans l’effort et à vous tous, que la situation ait été choisie ou imposée, beaucoup de courage pour gravir votre Everest.
Nous embrassons l’Atlantique pour vous."

poste de barre bali catamarans

J19 – 7 DECEMBRE : ON A TOUS LE MÊME SOLEIL, ET LA MÊME LUNE…

"Entonner cette chanson de Grégoire prend une autre signification lorsque le soleil et la lune se mettent à rythmer réellement votre quotidien (avec les vagues bien évidemment).
Tout l’équipage de la Transat’espoir commence à piquer du nez à 18h parce qu’il fait déjà nuit et les « Papa, Maman, c’est le jour? » se font déjà entendre dès 5h30 du matin.
Alors nous nous sommes donnés de la peine pour vous faire une photo des deux en une (je ne vous dis pas la figure de style qui a été nécessaire pour la réussir après de nombreux essais 🤣, mais garanti sans trucage).
Le petit point blanc sous la voile est la lune et celui jaune dans les filières est le soleil, et ce sont les même que ceux que vous pouvez voir chez vous.
Oui je sais que vous le saviez déjà. Mais lorsque vous êtes en mer depuis un certain temps, il est plus facile de s’émerveiller des choses simples de la vie, d’être ému par exemple par la nature.
Oui le soleil se lève, et c’est bien normal. Mais avez-vous déjà imaginé que cela ne soit pas le cas? Charles-Ferdinand Ramuz l’a fait lui. Avez-vous imaginé tout ce que le soleil nous apporte? Nous sommes en sommes bien reconnaissant ici sur North Star.
Quant à la lune, Paul Klee la considère comme le rêve du soleil. En tout cas elle accompagne presque entièrement nos nuits et nous en sommes très reconnaissants car la navigation n’en est que que plus agréable. C’est bien la lune sur la photo (la prise de vue numérique a fait des progrès)…
Alors en ce beau dimanche, pourquoi ne pas prendre le temps de reconnaitre et de dire merci pour ce qui est là sous nos yeux, qui nous semble peut-être normal, mais qui est en même temps extraordinaire?
Et puis, vous avez vu? Nous avons déjà parcouru plus de 3’000km depuis Las Palmas!"

levé de soleil bali catamarans 54 pieds

J20 – 8 décembre : C’est drôle de partir en novembre !

"Vous nous avez souvent interpellés au sujet de la période de départ. Mais oui, fin novembre c’est un bon moment pour traverser l’océan Atlantique, d’une part parce que la saison cyclonique se termine vers la fin du mois d’octobre et d’autre part parce que c’est en novembre que les Alizés commencent à se poser sur la zone.
Alors période propice, vous avez compris que cela ne veut pas dire une mer plate et juste ce qu’il faut de vent pour avancer. C’est au contraire une période durant laquelle les vents sont modérés à forts et la mer agitée à très agitée. En plus les variations de vent et de mer sont ponctués des grains dont nous vous avons parlés il y a quelques jours.
Pour comprendre ce qui se passe, nous avons, en plus des informations météo brutes auxquelles nous avons accès et à partir desquelles nous pouvons établir nos prévisions, une fois par jour un bulletin de notre cher routeur Michel, qui nous fournit une sécurité et des informations supplémentaires.

En plus de toutes ces données, l’observation du plan d’eau est essentielle.
Depuis que nous écrivons, nous avons eu en face de notre étrave successivement un ciel bleu, des grains et un arc-en-ciel. Et en fait, il faut aussi regarder dans le rétroviseur, parce que c’est de là qu’arrivent ces vents plus forts et parfois orageux qu’il faut anticiper.
Petit exercice pratique du lundi, nous vous avons fait une photo panoramique depuis notre bureau, sur laquelle vous devriez pouvoir déceler à plusieurs endroits ces fameux grains…

Et alors quelles sont les prévisions pour ces prochains jours? Des Alizés bien présents qui vont se renforcer substantiellement, avec des vents qui vont s’établir entre 20 et 23 noeuds (37 à 42 km/h) et des rafales jusqu’à 33 noeuds (plus de 60 km/h) et des vagues jusqu’à 3,3m (donc les plus grosses entre 4 et 5m de haut).
Vous l’avez compris, on se prépare à autre chose qu’une petite promenade de santé.
Nous avons fait le tour du bateau et des cordages à bord, inspecté les voiles, fait de l’ordre au piano (celui pour les manoeuvres pas pour la musique) et même une petite montée au mat, puis au bout de la bôme pour régler des petits soucis. Alors nous sommes prêts, enfin autant qu’on peut l’être au milieu de l’inconnu de l’océan. Bon début de semaine à vous!"

homme préparant la voile bali catamarans

J22 – 10 décembre : Le vieil homme et la mer

"Vous pensiez qu’avec ce titre nous allions vous parler de poisson? Et bien nous aurions pu parce que l’autre jour un très très gros poisson a mordu à l’hameçon et la lutte a été terrible (notre fil a une charge de rupture de 75kg). Notre moulinet de traîne a d’ailleurs partiellement rendu l’âme dans l’exercice, mais nous n’aurons pas eu à l’arrimer le long de notre embarcation parce que dans un effort imparable il a réussi à se libérer de notre hameçon.
Mais ce n’est pas du tout le sujet du jour.

Notre veille permanente consiste à surveiller tous les navires qui pourraient croiser notre route visuellement ou sur notre écran de contrôle.
Vous pourriez vous imaginez que nous en croisons une bonne douzaine par jour.
En fait, c’est plutôt une douzaine au total depuis que nous nous sommes éloignés des Canaries.
Quand il s’agit d’un cargo, nous ne faisons rien d’autre que l’éviter si la réciproque n’est pas vraie.
Par contre, si un voilier apparait sur notre écran de contrôle, nous nous appelons systématiquement par VHF (notre radio de bord) pour échanger un peu.

Et alors nous avons eu tous les cas de figure, 1. le bateau qui ne répond pas (l’équipage dort ou la radio est éteinte, ce qui est interdit), 2. le voilier qui répond mais notre interlocuteur a vraisemblablement autre chose à faire parce qu’il écourte rapidement l’échange, 3. l’équipage soulagé d’avoir enfin à qui parler parce qu’il n’a eu que les cas de figure 1. et 2. et enfin il y a AMEN. Si si c’est le nom du voilier en question qui apparait sur notre écran de contrôle et qui répond à notre appel. Un homme seul sur son voilier, sculpteur de profession, il a tout de même 81 ans.
Cet homme vit sur son bateau depuis quarante-et-un ans, traverse l’Atlantique pour la quarante-troisième fois, sans parler de ses deux tours du monde.
Comme chaque année, il traverse en direction de la Martinique où il va sculpter tout ce qui lui tombera sous la main.
Evidemment, nous lui posons tout un tas de questions sur ses aventures maritimes jusqu’à la question du plus beau moment de ses quarante-et-un ans de navigation. Sa réponse: « maintenant, le moment où je parle avec vous ».
Quelle belle leçon, dont il faut comprendre que le plus beau moment de notre vie est celui que l’on vit, ni passé ni futur, juste l’instant présent.

Il nous a aussi donné sa recette pour cuisiner les poissons volants, mais celle-là on la garde. Bon vent!"

J23 - 11 DECEMBRE : QU’EST-CE QU’IL RESTE DANS NOTRE POTAGER ?

"Un potager? Oui Michèle fait un tour tous les matins dans notre potager et notre verger, enfin elle passe en revue les filets de fruits et légumes à l’arrière de North Star, mais dit comme cela c’est tellement moins bucolique.
Pour mémoire, nous avions entre autres choses embarqué 60kg de légumes et 112kg de fruits.
Aujourd’hui il ne nous reste plus qu’environ 10kg de légumes et 30kg de fruits y compris le petit régime de bananes qui murit fermement arrimé sur le fly deck (poste de manoeuvre sous la bôme).
C’est bientôt le moment d’arriver parce que nous ne saurons pas comment vous montrer la houle sans nos filets de fruits et légumes…
Alors, sans même parler des 26° qu’il fait à l’heure du petit-déjeuner, nous espérons que vous ne nous en voudrez pas, mais cette année, pour la soupe de la mère Royaume, nous comptons sur vous!

Sur un autre registre, Albert et Pierre étaient de quart hier soir à la table à cartes au moment où nous avons reçu un appel VHF d’un voilier qui s’inquiétait de notre route de collision.
Après un échange radio, nous avons rectifié notre cap pour passer un peu plus loin de lui et chacun a pu poursuivre sa course vers les Antilles."

Pierre nous en parlait ce matin autour de la table du petit-déjeuner et selon ses mots: « c’était incroyable, je ne m’attendais pas du tout à ça, j’ai adoré, surtout quand on a parlé avec l’autre bateau. C’est hyper cool la transat! ».
Nous sommes assez d’accord avec lui, même après une nuit de navigation bien engagée par force 6-7 Beaufort (comprenez des vents jusqu’à 60kmh et des vagues de plus de 3m de haut) et un sommeil bien entamé…
Voici une petite photo pour la route, toujours le même océan et le même ciel, qui n’ont pas fini de nous émerveiller.

provisions suspendues à bord du bali catamarans 5.4

J24 - 12 DECEMBRE : AH! LA BELLE ESCALADE…

"Même au milieu de l’Atlantique, les enfants tenaient à fêter notre traditionnelle fête de l’Escalade! D’ailleurs avant de partir les enfants regrettaient que notre transat tombe sur cette fête, ce qui impliquait de manquer à la fois la course et le cortège… Nous avions tout de même dû leur expliquer que nous ne pouvions ni déplacer la date de notre départ, ni faire un aller-retour pour l’occasion 🤣.
Comme vous le voyez, cela ne nous a pas empêché de fêter l’Escalade dignement avec des déguisements bricolés par les enfants pour l’occasion (oui ils ne font pas que l’école à bord, mais aussi toutes sortes de bricolages, jeux de sociétés et lectures de notre grande bibliothèque embarquée) et chanté le Cé qu’é lainô autour de cette photo de marmite agrémentée de légumes en massepain et de papillotes de pâtes de fruits…

Et en parlant d’escalade, nous n’avons fait que cela toute la nuit. Des murs de 3, 4, voire 5 mètres de haut à escalader puis redescendre inlassablement. Si la « petite » houle de 1,5m avait réussi à nous décrocher les estomacs au début de la traversée, celle-ci à trouvé à qui parler, amarinés que nous sommes après ces semaines de navigation.
Et parce que nous sommes curieux et peut-être vous aussi, nous nous sommes amusés à calculer combien de vagues nous avions gravi et redescendu depuis le début de la Transat’espoir et le résultat donne le tournis… 183’365. Cela en fait des montées et descentes!
Nelson Mandela avait remarqué qu' »après avoir gravi une grande colline, l’on constate qu’il y en a beaucoup plus à gravir »… et bien nous avons vérifié son observation plus de 180’000 fois!
Heureusement que Confucius a dit que le bonheur n’était pas au sommet de la montagne, mais dans la manière de la gravir!
Nous avons tous des montagnes plus ou moins hautes à gravir et comme il parait que le bonheur ne dépend pas de ce qui nous arrive mais de ce qu’on en fait, cherchons le bonheur dans chacun de nos pas (et montagnes/vagues…).

Et si vous vous posez la question, nous continuons à pêcher avec un succès relatif (ça mord mais aucun poisson n’a été remonté pour l’instant), mais cela n’empêche pas d’y trouver du plaisir…"

photo 4 enfants anniversaire à bord bali catamarans 54 pieds north star

J25 - 13 DECEMBRE : TEMPS LONG… OU PAS?

Vous vous demandez si nous ne trouvons pas le temps long.
Nous risquons de vous répondre en Normand…
Il est vrai que nous ignorions ce que la météo nous réserverait.
Nous avions prévu une traversée de deux à trois semaines et nous serons dans la fourchette haute (peut-être en lien avec notre bon coup de fourchette à bord? 🤣).
Et avec toutes ces vagues, que nous avons même comptées hier, cela nous a fait beaucoup de hauts-le-coeur.
Mais en fait, nous n’avions jamais encore tenté de traverser un océan à la voile, nous ne nous étions même jamais aventurés seuls à beaucoup plus de 100 miles nautiques des côtes.
Aussi prêts que nous nous sommes efforcés d’être, nous avons dû accepter de lâcher prise.
En larguant les amarres, nous avons accepté tout ce que la mer, le ciel et le vent pouvaient nous réserver.

Quittant Las Palmas de Gran Canaria, nous savions que nous partions, mais sans savoir quand nous arriverions.
Le temps nous a bousculés, pas au sens où il nous bouscule dans nos quotidiens de terriens, mais à la fois par ses longueurs et sa brièveté.
Chaque jour nous rapproche un peu plus de cette arrivée tant attendue, et bien entendu nous nous en réjouissons, mais nous savons aussi que tout cela nous manquera…

Alors au moment d’écrire ces lignes c’est encore ce maintenant qui prime, ces moments que nous partageons en famille, ce temps hors du temps.
Oui le temps est long, mais comme l’a écrit Voltaire, il est assez long pour quiconque en profite.
C’est ce que nous nous efforçons de faire à chaque instant.
Et puisqu’après tout ce temps, ce sont toujours l’océan, le ciel et les nuages qui entourent notre bateau, voici encore un de leurs portraits dont nous ne nous lassons pas…

4 enfants sur le pont avant du bali catamarans 54 pieds north star

J26 - 14 DECEMBRE : DES ÉTOILES PLEIN LES YEUX

"Vous savez que depuis le début de notre traversée, nous veillons à tour de rôle, aux heures où la plupart d’entre vous dorment du sommeil du juste…
Nous peinons à dissimuler l’accumulation de fatigue qui commande d’effectuer chaque manoeuvre plus lentement afin d’en assurer l’exécution en sécurité.
En contrepartie, depuis que la lune s’est faite plus timide, nous avons pu, durant nos quarts de nuit, apprécier une vue imprenable sur la voute étoilée…

Ce que nous ne pouvons par contre que vous décrire, c’est la pluie incessante d’étoiles filantes à la quelle nous avons pu assister ces dernières nuits, ou comment avoir des étoiles plein les yeux!
D’ailleurs, nous en avons eu une bonne lorsque ce bateau s’est présenté.
Maintenant nous pouvons vous le dire, mais l’embarcation initialement prévue a été annulée à un mois du départ… mais heureusement North Star est arrivé.
Ce bateau, très différent de celui que nous avions d’abord imaginé (il n’aurait eu qu’une coque et aurait été plus petit) a finalement été le compagnon d’aventure parfait pour notre famille. A postériori nous ne savons pas comment nous aurions fait sans l’espace sécurisé, aéré et abrité du soleil dans lequel nous avons passé le plus clair de nos journées (et de nos nuits), et que nos enfants ont pu tant suivre leur programme scolaire que s’amuser avec des jeux de leur âge.
Et finalement quel autre voilier que North Star, soit l’étoile polaire, pour la Transat’espoir lorsque l’on sait que l’étoile polaire a toujours été un guide pour les voyageurs et navigateurs et également un synonyme d’espoir…
Pour la route, plus si longue que cela, une photographie du lever de soleil auquel s’est invité un bel oiseau venu nous annoncer l’approche des terres."

ciel étoilé observé pendant une croisière

J27 - 15 DECEMBRE : TERRE EN VUE

"Un oiseau qui nous tourne autour hier, une concentration toujours plus importante de voiliers qui vont dans la même direction, l’attente… et puis enfin la terre aperçue devant l’étrave. Pas un mirage ou l’une de ces hallucinations dues à la fatigue qui vous font prendre les bruits du bateau pour des paroles qui vous sont adressées (si si, vécu), la terre, la vraie, celle sur laquelle nous poserons le pied l’un de ces prochains jours.

Le sommet de la Martinique culmine tout de même à 1397m… alors au-delà de l’intérêt géographique, cela a un impact direct sur la distance depuis laquelle on peut apercevoir cette île (en lien avec la courbure de la terre).
Autrement dit, entre le moment où l’on aperçoit cette terre et celui où l’on peut mouiller l’ancre, il y a un certain temps qui s’écoule autrement plus lentement que les jours précédents.
Heureusement il y a de quoi faire pour se distraire, parce qu’il faut préparer le bateau, défaire tous les bouts qui assuraient tout ce qui pouvait bouger durant la traversée, comme l’ancre par exemple ou encore se préparer à affaler cette grand-voile hissée il y a déjà bientôt 20 jours et se prendre un grain juste avant d’arriver 🤣.

En même temps nous sentons monter l’émotion qui accompagne ce sentiment du devoir accompli.
Jean-François Deniau a écrit: « Quand on a accompli quelque chose d’heureux en mer, petite croisière ou grand raid, Cap Horn ou îles d’Hyères, c’est d’abord parce qu’on a évité de faire ce qu’il ne fallait pas faire. C’est ensuite parce qu’on a fait ce qu’il fallait faire. C’est enfin parce que la mer l’a permis ».
Nous sommes tellement reconnaissants de toute l’aide et le soutien qui nous ont permis d’être ici aujourd’hui et sans lesquels tout ceci n’aurait pas été possible.
Et parce que cette traversée, c’est d’abord la Transat’Espoir, nous souhaitons de tout coeur à tous ceux qui sont touchés pas la maladie de pouvoir la traverser avec succès et à toutes les personnes qui s’impliquent dans la recherche de parvenir à mener la médecine par-delà l’inconnu et ainsi améliorer le traitement et l’accompagnement des patients.

Louise nous faisait déjà une petite danse sur le pont avant-hier en chantant «J’ai fait la transatlantique», elle a raison, nous l’avons fait, nous en sommes heureux et fiers, nous avons traversé l’Atlantique en famille pour DFDL!
Maintenant, vous nous excuserez, on a baignade… On embrasse la Martinique pour vous!"

 

enfants nageant en mer avec gilet de sauvetage

J28 - 16 DECEMBRE : RETROUVAILLES ET PIED A TERRE

"Après une nuit pas si longue que cela, entre la chaleur et l’habitude de prendre nos quarts (certains ont même passé une partie de la nuit à leur poste de quart), heureux réveil dans la baie de Sainte-Anne.
En fin de matinée, nous retrouvons avec émotion l’équipage de Lovitana.
Nous nous étions quittés à Las Palmas, avant leur départ avec la flotte de l’ARC, quelques jours avant que nous ne larguions nos amarres.

Nous passons une délicieuse journée à bord en mangeant un peu trop (menu focaccia, risotto au bolet et petit pâtisserie à l’orange, le tout bien évidemment cuisiné à bord de North Star).
Les enfants prendront même le large sans nous… mais ils sont tout de même rentrés la fatigue et la faim aidant.

Avec l’aide de nos amis, nous prenons un peu plus conscience que nous sommes vraiment arrivés, que nous avons traversé l’Atlantique, que tout ceci n’a pas été qu’un rêve éveillé, mais une réalité.
Antoine de Saint-Exupéry a écrit: « fais de ta vie un rêve, et d’un rêve une réalité ». Conseil suivi!
Comme pour prolonger un peu ce rêve, nous peinons à nous décider à réellement toucher terre.
Nous prenons l’annexe et faisons une brève incursion (de moins d’un quart d’heure) dans le bourg de Sainte-Anne mais restons à peine quelques minutes, le temps de poser devant l’Église de Sainte-Anne, la patronne des navigateurs."

photo de famille devant une église

J29 - 17 DECEMBRE : RIEN NE SERT DE COURIR…

"Nous levons l’ancre dès le lever du soleil, quittons la Baie de Sainte-Anne et faisons route pour découvrir une autre partie de l’île aux fleurs.

Le soleil n’est pas tout à fait au beau fixe et nous prenons rapidement un violent grain dès que nous quittons le mouillage.
Albert Einstein n’a-t-il pas qu' »au milieu de toute difficulté se trouve cachée une opportunité »?
Nous la saisissons, tenons le cap et nous sommes récompensés par une vue extraordinaire sur le mythique diamant de la Martinique… sous un arc-en-ciel!

Et pour couronner le tout, puisque nous avons prolongé jusqu’à notre but du jour, nous nous trouvons nez-à-nez avec une tortue, dès notre entrée dans la Grande Anse d’Arlet, avant d’avoir même la chance inouïe de nager auprès une autre jeune tortue.
Les tortues symbolisent notamment la sagesse et la patience et trouvent une résonance particulière avec la Transat’espoir.
Bien évidemment, nous aurions pu naviguer plus vite, être plus prompts à renvoyer de la toile entre les grains, prendre plus de risques… Nous avons préféré la voie de la tortue parce que notre objectif était de parvenir au terme de notre traversée sains et saufs et avec un voilier entier. Mission accomplie.
Pour le reste de la journée, nous allons prendre le rythme de nos voisines du jour, vous souhaitons de pouvoir en faire autant et les embrassons pour vous."

famille sur un paddle en mer à proximité bali catamarans

J30 - 18 DECEMBRE : ARRIVÉE A BON PORT

"La journée a commencé par un bon petit grain tout gris qui nous ferait plus penser à une fin d’automne sous le stratus qu’à un lever de soleil sous les tropiques. Nostalgie de fin de voyage aidant, il aurait pu pleurer dans nos coeurs comme il pleut sur cette île…

Le temps d’un petit-déjeuner à l’abri, le soleil est rapidement venu nous tenir compagnie pour cette dernière journée de navigation au fil des baies mythiques de cette partie de l’île aux fleurs!

Après avoir levé l’ancre, nous faisons route en direction de Fort de France, mais sans prolonger aussi loin.
L’heure à laquelle nous parvenons à l’Anse Dufour, nous permet de rencontrer des pêcheurs locaux, maîtres d’un art que nous n’aurons que touché du bout du doigt durant notre traversée.
Il nous reste tant à apprendre, tant à découvrir… et l’envie de poursuivre de nous manque pas.
L’été dernier, nous venions de rejoindre l’île de Groix à la voile lorsqu’Alan Roura est entré dans le bassin à flot avec toute sa famille à bord. Nous avions échangé et cela avait été l’occasion pour nous d’annoncer aux enfants notre projet transatlantique pour la première fois.
Aurélia, la compagne d’Alan, nous avait fait remarqué qu’après la traversée de l’Atlantique de la famille d’Alan, ils avaient poursuivi par un tour du monde…
Que ceux qui nous attendent dans nos activités respectives se rassurent, bien que l’envie ne nous manque pas, nous serons bien de retour à la rentrée et en profitons pour remercier tous nos collègues qui ont su pallier nos absences, même s’il est vrai qu’Anse noire ne donne pas envie de rentrer…

Après une dernière baignade dans ce mouillage et un déjeuner devant l’Église de la Petite Anse d’Arlet, cap sur la Marina du Marin, dernière escale de notre périple.
Nous passerons cette fois entre l’île et le Diamant, passage tout à fait raisonnable contrairement à son nom, la Passe des Fous, et pas plus fou que de traverser l’Atlantique à la voile en famille!"

arrivée transatlantique, foret en bord de mer

J 31 - 19 DECEMBRE : ADIEUX A NORTH STAR

"North Star, nous te faisons nos adieux. Depuis quatre semaines, tu nous a permis de naviguer par tous les temps, dans toutes sortes de conditions de vagues et de vent, toujours en sécurité à ton bord.
Nous avons pu passer des moments merveilleux, à la fois seuls et en famille. Tu nous a été fidèle et nous a permis de traverser même un océan. Adieu, compagnon, tu seras toujours dans nos coeurs.
Il nous semble que notre départ de Las Palmas est tellement loin, tant nous avons vécu durant ces dernières semaines de navigation, qui nous ont certainement tous fait évoluer.
Nicolas Bouvier a écrit que « certains pensent qu’ils font un voyage, en fait, c’est le voyage qui vous fait et vous défait ».
En parlant de faire et défaire, vous aviez vu nos valises au début du périple, les voici débarquées de notre fière embarcation.

Chacun d’entre nous a beaucoup grandi durant cette grande aventure, et nous avons évolué ensemble en tant que famille.
Nous sommes aussi reconnaissants d’avoir pu embarquer la Fondation Dr Henri Dubois-Ferrière Dinu Lipatti et cette cause qu’elle porte de faire avancer la recherche contre la leucémie et les autres maladies du sang.
Certains d’entre vous ont découvert la Fondation DFDL à travers notre traversée et vous avez été nombreux à la soutenir par des dons ou encore à promettre des dons à venir.
Nous tenons à vous remercier pour votre aide qui permet de faire avancer la recherche médicale.
Gardez à l’esprit que si ce voyage s’achève, le travail des chercheurs se poursuit et votre soutien restera essentiel!
Honoré de Balzac a accompli de délicieux voyages embarqué sur un mot, et bien nous en avons un accompli un merveilleux sur deux mots Transat’espoir!"

photo de famille à bord du bali catamarans 54 pieds north star

TRANSAT’ESPOIR : MISSION ACCOMPLIE

"Un grand merci à toutes et à tous de nous avoir suivis tout au long de cette traversée de l’Atlantique qui s’est révélée riche en expériences, émotions et découvertes.
Nous réfléchissons aux manières dont nous pourrions partager un peu plus avec vous cette Transat’espoir…
En attendant, nous tenons à vous remercier de votre soutien à la Fondation Dr Henri Dubois-Ferrière Dinu Lipatti, qui reste essentiel pour faire avancer la recherche contre la leucémie et les autres maladies du sang!"

Cette seconde partie vient clore une aventure maritime et familiale hors du commun. Au fil des derniers jours, l’émotion de l’arrivée se mêle à la gratitude, à la fierté du chemin parcouru et aux souvenirs déjà indélébiles. Une transatlantique, ce n’est pas seulement une destination atteinte : c’est une succession de jours intenses, de gestes simples, de défis relevés et de moments partagés. À bord d’un Bali Catamarans, cette expérience prend une dimension encore plus forte grâce à l’espace, au confort de vie et à l’autonomie qui permettent de vivre pleinement le large, ensemble.

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